L'esprit de Stanley Kubrick : LE DÉCLIN DU MENSONGE

Il y a quelques années apparaissait sur YouTube un documentaire fumeux essayant de décrypter Eyes Wide Shut.
Signé "Gasface", intitulé Kubrick & The illuminati, et relayé sur le site du journal Le Monde, on y trouvait des considérations vaseuses surinterprétant le fait que l'orgie ait été en partie tournée dans un château des Rothschild (Mentmore Towers) et s'évertuant, en pure perte, à tenter d'entrevoir dans le dernier opus du maître l'ombre maléfique du projet MK-ULTRA...

Rien de tel dans LE GOUFFRE DE LA FÉMINOLÂTRIE : Intelligence thérapeutique du temps présent et psychanalyse révolutionnaire de Stanley Kubrick. Cet essai, qui fera date, ne se perd pas dans des conjectures : il apporte des réponses.

- Pourquoi Alice regarde-t-elle Blume in Love dans sa cuisine ?
- Pourquoi le mot de passe est-il Fidelio - et non Danemark comme dans la nouvelle de Schnitzler ?
- Pourquoi la fillette de Bill et d'Alice, Helena, veut-elle regarder Casse-Noisette ?
- Pourquoi Mandy est-elle jouée par trois actrices ?
- Pourquoi Mandy a-t-elle Curran pour patronyme ?
- Pourquoi est-ce Leon Vitali qui se cache sous le masque doré de Cape rouge ?
- Pourquoi le château se nomme-t-il Somerton ?
- Pourquoi Ziegler (Sydney Pollack) se prénomme-t-il Victor ?
- Pourquoi le film se termine-t-il dans un magasin de jouets ?
- Pourquoi Bill et Alice ont-ils Harford pour patronyme ?
- Etc., etc., etc.

Philippe de Vulpillières offre une intelligence globale - et sans précédent - du processus créatif de Stanley Kubrick - allant du choix des acteurs à l'obscur fil rouge qui donne une cohérence aux trente dernières années de la filmographie de l'ermite de Childwickbury.
Et une série de découvertes indiscutables - qui ne se limitent pas, loin s'en faut, à Eyes Wide Shut - vient ratifier la performance.

S'il y a fort à parier qu'il faudra néanmoins compter sur de nobles contestataires - comme ce fut le cas pour L'homme tue et la femme rend fou - pour saluer comme il se doit cette caverne d'Ali Baba cinéphilique, c'est que l'auteur se sert aussi de Stanley Kubrick comme d'un cas clinique, pourrait-on dire, nourrissant une mise à nu - horrifiée - du Zeitgeist... qui renvoie à nos chatouilleuses élites intellectuelles une image sinon criminelle du moins particulièrement accablante d'elles-mêmes.

Reste à dire qu'à la différence des autres - nombreux - contempteurs d'une époque assurément devenue folle, Philippe de Vulpillières n'invite ni à la prosternation ni à l'amertume, et que si l'on passe, après cinq ans d'attente, de la douche froide (L'homme tue et la femme rend fou) à l'électrochoc (LE GOUFFRE DE LA FÉMINOLÂTRIE : Intelligence thérapeutique du temps présent et psychanalyse révolutionnaire de Stanley Kubrick), l'expérience n'en est pas moins, sans nul doute, fortifiante et salutaire.

Le temps de la cécité touche à sa fin.

Les éditions Culture & Racines

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