Les idiots utiles de Davos, alias fossoyeurs de leur propre liberté (autocritique)

Jusqu’aux années 1960, pratiquement personne ne savait à quoi pourrait bien renvoyer une expression comme « communauté LGBT » – tant il vrai qu’on ne voit pas très bien en quoi le fait que certains aient eu des expériences douteuses au dortoir de l’internat ou de la caserne ferait subitement d’eux les membres d’une communauté, comme le baptême les intègre à telle ou telle église, ou l’initiation à une loge. Soixante ans plus tard, la « communauté LGBT » n’a toujours ni son registre, ni ses statuts – en d’autres termes : on ne sait toujours pas ce que c’est, mais une bonne partie des hétérosexuels considère désormais l’expression comme renvoyant à une réalité pratiquement sensible (ce « presque visible », relève bien sûr du « comportement hypnotique » dont parlait Debord).

Voilà un exemple de ce que peut la PNL (Programmation Neurolinguistique), dont le nom de code chez ceux qui l’emploient le plus (et de la façon la plus scélérate) est « sensibilisation ». La « sensibilisation » est le principal outil au service d’une activité de manipulation des masses elle-même camouflée sous le vocable d’« activisme » (domaine d’action par excellence des « ONG »). Une fois ces équivalences comprises, vous pouvez relire Schwab (et toute la littérature davosienne), et constater que pratiquement rien de ce qu’ils vous font n’est caché – sinon par l’obscurité non-perçue des termes (et le fameux unknown unknown dont Taleb fait tout un plat, en fait, c’est ça).
 
Et, comme il existe un activisme progressiste de la déconstruction sexuelle (curieusement lui aussi bien raccordé à certaines pratiques médicales hautement rémunératrices), il existe (depuis tout aussi longtemps) un activisme du progressisme médical : c’est lui qui – à partir d’une réalité physiologique mal comprise, en la simplifiant à l’excès – a par exemple créé « la tension artérielle » et autres puits de pétrole cognitifs dont le bilan a invariablement été : des millions d’empoisonnements évitables, et des milliards de profit.
 
Le « Covid » n’est bien évidemment pas autre chose. Il n’est donc pas surprenant du tout que les publics particulièrement enclins à confondre (comme on le leur demande) la grippe et la peste noire soient à peu de chose près les mêmes qu’on a précédemment réussi à sensibiliser aux tout aussi évanescentes « communauté LGBT », « couche d’ozone », « urgence climatique » et autres êtres de raisons difficiles à visualiser sans l’assistance d’une équipe de télévision. A l’exception, bien sûr, des publics « illibéraux », qui avaient, quant à eux, gobé « l’invasion musulmane », « le djihad », etc... Au championnat des cocus de Davos, il faut bien que les divisions A et B se distinguent quelque-part.
 
Le saut qualitatif de mars 2020, c’est bien entendu le passage du nudging (encore prépondérant, cela dit, dans les pratiques covidistes à l’heure actuelle) à la coercition – rendu possible par l’adjonction, à ce Kulturkampf déjà ancien propre au « capitalisme du désir », d’un élément que l’Europe avait oublié depuis 1945 : l’idéocratie génocidaire. Klaus Schwab a probablement été (et restera, en tout état de cause, dans l’histoire comme) la principale cheville ouvrière de cette évolution brutale, qui constitue a priori le coup de grâce donné à l’Occident, par exécution sans procès de cette poule aux œufs d’or qu’était la liberté occidentale. Au contraire de la très lente dérive culturelle postmoderne qui a pris des décennies de percolation pour finalement accoucher de ce dernier homme qu’est le woke, le confinement, c’est la méthode dure. C’est boulanger, février 34, les généraux félons – pour ne citer que des tentatives qui ont échoué lamentablement, – mais celle qui, par le passé, ont réussi, n’ont pu réussir que dans des effusions de sang. En mars 2020 : personne ne bronche.

Or, parmi les facteurs qui ont contribué à la réussite de ce coup d’Etat culturel à l’échelle de tout un continent, il y a le mépris de la liberté qu’affichaient depuis des décennies de nombreux intellectuels « antisystème » comme moi – dont les critiques à l’encontre du capitalisme du désastre en cours de perfectionnement en Occident étaient certes, le plus souvent, justifiées, mais qui, en même temps, rataient rarement l’occasion d’adjoindre à cette critique légitime une apologie (d’autant plus fervente qu’elle était, le plus souvent, basée sur une ignorance à peu près complète) de régimes autoritaires comme ceux de MM. Poutine ou Xi. Nous le faisions sous l’influence d’intellectuels comme A. Douguine, qui – tout en n’entretenant (comme on s’en rendait compte lors de conversations privées) aucune illusion quant à la véritable nature desdits régimes – puisaient dans diverses mystiques ad hoc (l’esprit de « la Terre » contre celui de « la Mer » etc.) des apparences d’arguments nous amenant à prendre pour des alternatives politiques des régimes qui n’étaient en réalité (comme leur agenouillement covidiste le démontre depuis bientôt deux ans) que des imitations imparfaites de l’Occident, coincées entre leur pulsion mimétiques et les sporadiques réflexes de défense que leur extorquaient – contre leur gré – les appétits de Gleichschaltung parfois un peu brutaux de certains secteurs métropolitains de l’Empire occidental.

Pendant qu’ils prêchaient « l’Eurasie » ou autres fadaises, ces milieux « illibéraux » de la périphérie impériale n’avaient en réalité (comme le montrait clairement, par exemple, le comportement de leurs propres enfants) qu’une hâte : s’approprier (que ce soit sur place ou au centre de leurs mégapoles occidentalisées) la liberté européenne – celle que nous avons méprisée jusqu’à ce que Schwab et sa clique y mettent fin.

Parmi les racines de cet aveuglement systématique de toute une génération d’intellectuels (ceux capables de pensée ayant presque tous opté – forcément – pour le « camp dissident »), citons, pêle-mêle : l’influence délétère de la pseudo-pensée catholique, généralement représentée, non par des Bernanos, mais des nostalgiques du Troisième Occident (comprendre : de l’absolutisme royal) ; l’embranchement nazi de cette crétinerie de groupe, passé à l’histoire sous le label Karl Schmitt ; l’influence du Cercle de Rome – et plus généralement de la non-pensée écolo – sur une bonne partie de la Nouvelle Droite à ses début ; et le plus vicieux des héritages de la période anticoloniale : celui qui nous amenait à rêver de bons sauvages là où n’existaient que des prolétaires postsoviétiques arriérés, mais impatients de rattraper le niveau occidental de métrosexualisation et de netflixation de l’existence (or c’est précisément de ce désir de mort que Poutine est, par exemple, le nom en Russie).

Et maintenant, la plus mauvaise des nouvelles : une fois la poule aux œufs d’or égorgée, farcie, cuite et mangée à la sauce « subventions covidiennes sur argent-dette », à nous, il ne nous reste ni l’industrie hégémonique qui est désormais celle de la Chine, ni le gaz de Sibérie, ni US Army, ni la dynamique démographique (qui, n’en déplaise aux diverses Greta transgenres de l’extrême-droite, est une force) de l’Inde ou du Pakistan. A salaire égal, les gens venaient du monde entier vivre, travailler et/ou investir en Europe, pour s’asseoir avec insouciance dans des cafés, exercer à tort et à travers la liberté d’expression et vivre sans la crainte de l’État policier.

Game over.

Modeste Schwartz
4 novembre 2021.


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