Finalement, dans la dialectique du maître et du chien qui caractérise la gouvernance de l’oligarchie occidentale depuis que cette dernière (en gros : depuis la mort de De Gaulle et la dissolution de l’URSS) n’a plus à se préoccuper du gouvernement (politique – devenu fantoche), on peut assez efficacement décrire « la crise sanitaire » comme un changement de chaîne (à tous les sens du terme).

A partir des années 1930, le vecteur principal de la gouvernance/hégémonie était devenu l’emprise des médias immatériels (radio, puis télévision) sur des masses qui n’avaient ipso facto plus besoin d’alphabétisation/scolarisation pour être synchronisées au goût de l’oligarchie du moment (privant ainsi la bourgeoisie lisante de son rôle de médiation). Reine de l’âge bourgeois, la presse écrite (liée à la politique comme arène de gladiateurs des partis) amorce alors sa descente aux enfers – qui s’accélérera à partir des années 2000 avec la diffusion d’Internet. Actuellement, les rotatives qui tombent en panne ne sont plus réparées ; la plupart fonctionnent en sous-régime, et plus personne n’en construit de nouvelles.
Appelons presse1.0 ce dispositif issu de la première mouture de la Galaxie Gutenberg.
Presse2.0, celui des médias immatériels unidirectionnels (notamment hertziens).
Et presse3.0, celui des médias numériques, interactifs.
Parallèlement au dernier acte de cette lente agonie de la presse1.0, l’émergence de l’information numérique marque aussi le début du crépuscule de la presse2.0, au gré d’une dynamique de renouvellement qui s’accélère : la presse2.0 avait mis au moins trois générations à supplanter la presse1.0 ; aujourd’hui, en Occident, il est clair que la dernière génération de consommateurs de presse2.0 est déjà en vie, et que sa prédominance statistique ne saurait donc s’étendre au-delà de 2050. La dernière chaîne de télévision non-interactive devrait cesser d’émettre dans un futur relativement proche. Mais les signes avant-coureurs de l’impact politique de cette nouvelle transition sont déjà là, à commencer par la grande frayeur oligarchique de 2016 (Brexit/Trump/V4), largement attribuée (sans doute à raison) à l’essor de la presse3.0, et au changement de paradigme qualitatif qu’elle entraîne.
En d’autres termes : non seulement l’oligarchie sait (depuis 2016 au plus tard) que le contrôle des masses que lui permet la presse2.0 doit arriver à expiration avant la fin de la première moitié du siècle, mais elle subodore aussi que les possibilités de contrôle assurées par la presse3.0 sont moins sûres : la maîtrise de ce dispositif déconcentré pourrait s’avérer, à terme, plus difficile et plus coûteuse (plus structurellement démocratique) que celle des versions antérieures.
La « crise sanitaire », dont il apparaît de plus en plus clairement qu’elle est avant tout un pushing institutionnel chargé de généraliser l’usage des thérapies géniques, est probablement appelée à fournir une solution (pour le coup réellement historique) à ce problème du contrôle. Au lieu de céder à l’oligarchie leur « temps de cerveau disponible » (susceptible de produire à tout moment des modèles divergents – par exemple par retour à l’écrit), le mouton occidental du XXIe siècle est désormais fortement incité à lui céder son système immunitaire. Même à supposer que lesdites thérapies fonctionnent à la perfection (ce qui est loin d’être acquis), il est bien évident qu’une telle acceptation va placer le troupeau humain dans la situation des victimes d’une certaine technique de kidnapping sans armes mécaniques, consistant à administrer un poison et à conditionner l’administration du contre-poison à l’obéissance des kidnappés et de leurs proches.
Telle est du moins la seule hypothèse explicative permettant de rendre compte de façon un tant soit peu satisfaisante de l’immense nervosité qu’inspire visiblement à l’oligarchie occidentale la « dissidence biologique » de « l’axe du mal » russo-chinois, dans le cadre de ce qu’E. Macron lui-même appelle « la guerre des vaxxins ».
Que lesdites puissantes non-alignées (ou imparfaitement alignées) prévoient ou non d’appliquer un traitement semblable à leur propre troupeau, il est bien clair que cette innovation (si elle se confirme) officialise l’entrée de la « guerre civile européenne » (comprendre : occidentale) dans sa phase biopolitique : dans ce nouveau paradigme, l’oligarchie régnant au grand jour, le contrôle des masses perd sa dimension idéologique (qui était étroitement liée à l’existence de partis, puis de « gouvernements » de grande coalition dans la dernière phase de pourrissement du politique pseudo-représentatif) – évolution qui est, en réalité, déjà bien entamée : le fait que Marine Le Pen reprenne la rengaine « crise sanitaire » pratiquement dans la même gamme que son pseudo-adversaire Macron devrait suffire à faire comprendre que l’un et l’autre se sont depuis longtemps rejoints dans les poubelles de l’histoire, et ne disputent plus ce mauvais match de catch que pour conserver ou décrocher un minable job de VRP local du complexe militaro-pharmaceutico-informatique.
En France, derrière le dernier opposant crédible à l’oligarchie (F. Philippot), on trouve désormais des « identitaires » qui le vomissaient encore en 2019, d’anciens « gens de gauche », et d’autres qui ont encore la faiblesse de se croire « gaullistes ». Ils ont, à vrai dire, tous également raison ou tort, puisque toutes ces notions ont perdu leur dernière bribe de sens au printemps 2020. De leur aptitude à le comprendre dépendront leurs chances de cohésion, et donc leurs chances de l’emporter dans cette dernière manche de la partie que la version blanche de Sapiens joue contre sa propre folie (aussi connue sous le nom de « culture occidentale »).
Modeste Schwartz
Mars 2021.