Modeste Schwartz sur l'avortement : « Les partisans de l’infanticide légal à tout âge partagent exactement la même idéologie »

Dans la Culture antique (apud Spengler), seul l'homme (le citoyen-guerrier) capable de tuer dispose, ipso facto, du droit de le faire, et l’exerce sans limitations autres que le droit dont dispose un autre homme libre sur sa famille à lui (incluant les esclaves). La cité ne peut que lui reconnaître ce droit, que la Famille (comme monde des femmes), néanmoins, réprouve (Antigone) : c'est ce qui faisait dire à Hegel que l'existence antique est nécessairement criminelle. Et (ajouterais-je) s’en accommode, n'ayant pas d'ambitions théandriques.


Pour l’Occident moderne, en revanche, même (voire : surtout) le pire des crimes (du Holodomor à l’infanticide à 1 semaine) doit s'inscrire dans le parcours de la sainteté laïcisée. Qu'elles fassent ou non ce qu’elles veulent avec leurs éponges et leurs aiguilles à tricoter comme dans l’Égypte la plus antique (qui pourrait s’y opposer en pratique ?) n'a aucun intérêt du point de vue de l'idéologie occidentale (on a vu ce que pèse « mon corps, mon choix » face aux seringues de la sainteté…) : ce qui compte, c'est qu'elles puissent proclamer ce crime sur Facebook, et se sentir sanctifiées par sa proclamation.

Dans la Culture antique, le fils assassiné dans le ventre de la mère impose le paiement du prix du sang, car son meurtre lèse les intérêts d’une dynastie (patriarcale). Dans l’Occident démocratique, en revanche, l’avortement est, effectivement, un « crime sans victime » (capable de se plaindre), puisque les hommes, en tant que tels, n’ont plus d’enfants : la nature ne le leur permet pas, et la culture ne le leur permet plus. La différence antique entre enfants (inscrits dans une dynastie) et bâtards (nés d’une mère seule, comme les petits des bêtes) n’existe plus. Il n’y a plus que des bâtards : d’une part, ceux à qui le caprice de la progénitrice (mal nommée mère, en l’occurrence, puisqu’elle n’offre cette progéniture à personne – si ce n’est, éventuellement, à l’État verseur d’allocations et injecteur de sérums) concède le luxe de l’existence ; d’autre part, les autres, qui passent à la poubelle. Chercher à arrêter ce massacre sans comprendre qu’il est la conséquence nécessaire de toute société où la femme dispose de la majorité juridique, c’est, une fois de plus, déplorer les conséquences de causes qu’on adore.
 
L’intérêt théorique du débat en cours sur l’avortement est qu’il est (dans les pays latins, tout du moins) 100% catholique. Les opposants, bien entendu, se raccrochent à ces gris-gris théologiques qui font pouffer de rire leurs propres hiérarchies cléricales, inverties et maçonniques. Mais surtout, les partisans de l’infanticide légal à tout âge partagent, en réalité, exactement la même idéologie : ils défendent un « droit naturel » des femmes. Comme ils se meuvent dans une vision de l’humanité qui exclut de facto la culture (au « sens allemand », qui est celui de l’anthropologie : elle ne connaît que la culture-divertissement, la « culture optionnelle » des bourgeois), le droit positif y est intrinsèquement criminel, au sens où Hegel nous expliquait déjà que l’existence humaine sous régime culturel antique (dans la « culture des Maîtres ») est intégralement criminelle (puisque les préceptes de la Famille violent ceux de la Cité, et vice-versa).

Evidemment, les zélotes de l’infanticide ont un coup d’avance. CONSCIEMMENT post-catholiques, ils vous parlent du « corps de la femme », mais comme Dieu n’existe pas, aucune partie de l’être-donné (du Sein) du monde n’est susceptible de sacralisation. Dès Hegel lui-même, « Dieu » n’est qu’une métaphore de l’Esprit, c’est-à-dire de l’humanité (naturellement moderne et occidentale) prenant conscience d’elle-même comme « divine » (théandrie). On aurait donc bien tort de s’imaginer que ce « droit naturel du corps de la pute » s’enracine dans je ne sais quel ADN, ce dernier étant au contraire, comme objet nécessairement dépassé par l’action humaine (par le Tun), à la merci du premier Bourla venu. D’où une définition, finalement, phatique de l’humanité : « la femme » (extirpée de la Famille qui rendait seule possible son existence dans une société d’hommes libres) est humaine (DONC nantie d’un droit divin à l’infanticide) dans la mesure exacte de la conscience de soi dont elle dispose (et cette conscience ne peut que s’opposer aux reliquats de Sein véhiculés par sa personne, c’est-à-dire, en l’occurrence, à la féminité). Elle est humaine, PARCE QU’elle est féministe (les musulmanes, comme les non-injectées, n’ont au contraire aucun droit, étant donné qu’elles s’opposent au progrès). L’enfant, en revanche, même déjà né mais non-encore équipé du « je », n’est qu’un petit animal, égorgeable au besoin. Les seuls droits du « libéralisme resté seul sur scène » ne sont fondés en rien d’autre que leur revendication bruyante : vision du monde parfaitement adaptée à ce que Schwab, vicaire final de la maçonnerie hégélienne, nomme « une société d’activistes ».

Anthropologiquement, la grossesse y constituant un risque professionnel, son interruption artificielle a toujours constitué un apanage du monde de la prostitution. Il est donc bien naturel qu'elle devienne une pratique banale dans une société dont la « partie féminine » est constituée à 99% de péripatéticiennes (au sens de la marchandisation de son propre corps).

Au lieu de se demander si « les femmes devraient avoir le droit… » (fausse question : les vraies femmes n'en ont même pas l'envie), on ferait mieux de commencer par se demander de quel droit on continue à appeler « femmes » ces êtres vaguement ratiocinant qui arpentent les rues de l'Occident sous le nom finalement si honnête de « femmes libérées » (libérées de quoi ? - de la féminité, donc : post-femmes). En tout état de cause, il doit s'agir d'un pseudo-droit typiquement catholique (« loi naturelle » oblige).

Une femelle qui a le droit de vote et pas celui de l'automutilation est, effectivement, une contradiction dans les termes. « Ni chariah, ni avortement », c'est une reformulation de « j'adore les causes mais je trouve les conséquences si triiiiistes ! ». Du coup, une fois de plus, les occidentalistes conséquents obtiendront gain de cause face à leurs Ersatz « de droâte ». L'Occident, c'est la Modernité, et la Modernité, c'est la gauche. Que ça vous plaise ou pas.
 
Modeste Schwartz
Août 2022.

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