Slavoj Žižek est un petit gros sans cou et non-milliardaire, qui jouit d’un succès sexuel inégalé dans un milieu très spécifique, dont il a parfaitement capté le système symbolique : le milieu de l’universitaire occidentale féministe, qui monopolise la plus grande part des universitaires de gauche, et une bonne partie de celles de droite.

Quand Slavoj Žižek, féministe intransigeant, mais yougoslave, se retrouve en tête-à-tête avec une femme consentante, pensez-vous qu’il lui joue le grand numéro de la déconstruction ? Bien sûr que non. Et cette contradiction entre son existence au pieu et son rôle à la ville ne le gêne pas le moins du monde, étant donné que Slavoj Žižek, intelligence supérieure, sait parfaitement que toutes les interactions sociales partagent l’artificialité du jeu théâtral : certaines peuvent certes s’avérer plus ou moins compatibles avec les lois de l’espèce, mais aucune n’est naturelle au sens où le comportement animal (instinctif) l’est. Slavoj Žižek est donc, comme moi, un « constructiviste » (il suffit de réfléchir pour le devenir), aujourd’hui aussi connu sous le nom de queer. Et, a priori, un queer qui, comme moi, choisit de vivre de façon stable dans le rôle de l’hétéro ennuyeux – pas pour faire plaisir à tel ou tel dieu passionné d’histoires salaces, mais parce qu’il ne voit pas l’intérêt qu’il aurait à se lancer dans des expérimentations transgressives au-delà d’une bonne séance de fessée les soirs d’abus de rakia.
Placés face à la même vision du monde, les individus intellectuellement inférieurs (ceux qu’une pratique religieuse devrait normalement prendre en charge) vont avoir tendance à souffrir de leurs contradictions : devoir être employé (c’est-à-dire femme) au bureau, mais homme à la maison (à cause des fameux attributs), etc.. Ceux qui conjuguent cette faiblesse de l’intellect à une grande force de volonté constituent le public-cible de l’idéologie trans, qui, comme un catholicisme inversé, leur promet un retour à la nature, via la repentance (en l’occurrence opérée par le bistouri). Leurs homologues moins volontaires, plus paresseux, se contentent d’un bon vieux scepticisme LGBT, attendant le lendemain de la teuf pour voir dans quel lit les a poussés « leur orientation ». Et, si ce lit leur convient, il sera toujours temps d’en faire « une identité ». En attendant, ils seront « fluides », c’est-à-dire libres comme les chiottes entre deux occupants.
En exhibant son mépris de « l’idéologie libérale » (dont, curieusement, le féminisme ne fait jamais partie à l’écouter), Slavoj Žižek piétine sciemment les idoles arriérées des inférieurs cognitifs qui viennent l’écouter : démocratisme, antiracisme (incluant l’antisionisme), sans-frontiérisme, « multiculturalisme », etc.. Ce faisant, il leur montre qu’il est bien plus proche qu’eux (et surtout qu’elles) de la « fin [et finalité : Zweck] de l’histoire » ; qu’il est leur avenir, leur projet et donc – dans un paradigme progressiste, où l’autorité dominante est celle du chef, donc du projet – leur maître. C’est la virilité paradoxale de l’intellectuel (par définition progressiste), consistant à écraser les femmes sous le poids d’une conscience indépassable de leur propre supériorité morale (imaginaire).
Comme il sait mieux que personne pourquoi elles ne peuvent appartenir à personne, elles lui appartiennent toutes, à lui. Les lesbiennes intelligentes (qui sont mentalement des hommes), ne s’y trompent pas, quand elles exigent des conférences unisexes – c’est-à-dire interdites à Slavoj Žižek.
La seule idole à laquelle il n’a pas le droit de toucher, c’est le féminisme : la seule chose qu’on ne peut pas rêver (sous peine de se réveiller), c’est l’acte de rêver. Le nom du Tout-puissant est ineffable. Une fois que quelqu’un a dit YIN, l’Occident étant fini, le projet devient un blabla marketing parmi d’autres, et le chef, un petit yougo malin qui essaie de fourrer à l’œil.
Modeste Schwartz
Novembre 2022.