
PARTIE 1
Ce livre de Lucien Cerise1 est une mine de renseignements rassemblés de façon logique avec, toujours, la référence de l’information : écrits, discours, déclarations publiques, décisions, interviews, débats, événements factuels, etc. En bas de page figurent toutes les références nécessaires : liens Internet, noms, lieux, dates, organisations… La seule difficulté étant que certaines sont en anglais ou en russe, mais il est toujours possible de recopier le lien ou de se référer à un titre. Il ne s’agit donc pas d’une accumulation de théories ni même de prospectives, moins encore d’estimations aléatoires ou d’invectives gratuites, mais bien de données fiables et vérifiables amenant à considérer la réalité de la vraie vie et des événements réellement passés.
Avant l’étude du livre, commençons par considérer que les USA ne sont pas nos amis, juste des alliés opportunistes imposant leur conception du monde, leur dollar et même
l’extra-territorialité de leurs lois, ce qu’aucun autre pays ne saurait prétendre. Protégés par deux océans, le Canada allié stratégique indiscutable au nord et le Mexique obéissant par obligation au sud, ils ne craignent pas d’avoir la guerre sur leur propre territoire. Mais ils savent l’organiser ailleurs comme le prouve l’Histoire, au cours de laquelle ils ont vécu très peu d’années en paix.
Dans un article précédent
2 , j’avais cité l’amiral Pierre Lacoste à propos de l’un de ses livres
Un amiral au secret 3 :
Il n’a pas participé au conflit algérien mais rappelle que, en 1952, lors d’une visite à l’amiral commandant la Marine en Algérie, celui-ci lui exposa ouvertement que de nombreux « consuls » américains se livraient à des activités de moins en moins discrètes, finançant et armant les milieux d’opposition arabes, lesquels passèrent à l’action que l’on sait deux ans plus tard. »
L’histoire officielle retiendra cependant que ce furent les seuls pays du bloc de l’Est qui armèrent les rebelles algériens.
L’amiral Sanguinetti se remémora qu’au cours d’une conversation avec un homologue américain, celui-ci lui déclara que le vrai ennemi des USA était la France, et non pas l’Union soviétique d’alors. Ceci est pour le moins confirmé par une déclaration de François Mitterrand, citée dans le livre de Georges-Marc Benamou
Le dernier Mitterrand 4:
La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente… »
Cette citation de François Mitterrand, les Français lucides en comprennent pleinement le sens depuis longtemps.
Souvenons-nous aussi que le Royaume-Uni est l’allié inconditionnel des USA, leur cheval de Troie dans l’Europe et naguère dans l’Union européenne. Détail : il paraît que quand les rats quittent le navire, c’est qu’il va couler… En 1935, un traité naval fut signé entre le Royaume-Uni et l’Allemagne nazie, destiné à contrer la puissance maritime française. Quatre ans plus tard il y eut la guerre, au cours de laquelle la tragédie de Mers-el-Kébir ne fut probablement pas étrangère à cette volonté de réduire la capacité militaire, politique et économique de la France, donc aussi son influence dans le vaste monde. Nous verrons plus loin que les USA et le Royaume-Uni ne sont pas les seuls en qui la France devrait avoir une confiance très, très limitée. Charles de Gaulle disait déjà en son temps : « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. » À bon entendeur…
Soyons aussi bien conscients que l’OTAN, qui aurait logiquement dû être dissoute après la disparition du bloc de l’Est, est la créature des USA, son bras armé en Europe et même ailleurs, compromettant tous les pays membres dans des affaires au bénéfice essentiel des USA, qu’elle s’est agrandie en contradiction avec les promesses faites à la Russie, que de plus en plus elle est de fait l’armée de l’Union européenne sous commandement américain. Charles de Gaulle avait imposé que notre pays quitte le commandement intégré de l’OTAN, que Nicolas Sarkozy s’est empressé de retrouver au détriment de notre indépendance nationale et, disons-le, de notre sécurité.
Le livre de Lucien Cerise souligne que les « standards » de l’OTAN impliquent non seulement les armements, mais qu’ils ont « des implications politiques et visent à définir les mœurs et les modes de vie. » Une déclaration citée du norvégien Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN à propos des LGBT est révélatrice de cette réalité. Nous voici avertis dès le début du livre : l’OTAN s’occupe activement de la façon dont nous vivons au quotidien et de ce que nous devons penser. La CIA serait aussi fortement impliquée dans le développement des gay-prides, de la cancel culture, du wokisme et de l’invasion migratoire. Notons précisément que ces activités, pratiques et idéologies participent à détruire notre civilisation occidentale, alors que l’OTAN est une alliance militaire compromettante pouvant intervenir dans tout pays membre. Quel est le but de tout ça ? Notons aussi que la Russie tient précisément à se prémunir contre ces éléments destructeurs, à préserver la famille et la religion chrétienne, les traditions, l’éducation, l’instruction, la culture, le patriotisme et le culte des héros, sans que cela soit la position du seul président Poutine, mais bien celle du peuple russe. L’auteur souligne une singulière manipulation de l’OTAN en Ukraine avec le régiment Azov, lequel défendrait l’identité traditionnelle et historique ukrainienne menacée par la Russie, mais avec l’aide et les consignes otaniennes propageant les éléments cité supra. Un comble ! On a déjà un point de vue sur une guerre de civilisations.
Qu’est-ce que la « guerre hybride », aussi appelée « hors limites » ? C’est d’une part privilégier la manipulation d’organisations diverses, dites « forces non conventionnelles » (par opposition aux armées dites « forces conventionnelles ») destinées à mener des opérations clandestines à fort impact psychologique, et d’autre part à abolir les notions de civil et militaire.
On peut ainsi obtenir des soldats inconscients de leur statut, servant des intérêts cachés, par leurs positions sur les réseaux sociaux ou dans les médias, leurs activités dans les manifestations de rue ou des associations, etc. On peut ainsi arriver à rassembler dans des actions communes des extrémistes de tous bords afin de déstabiliser un pays ou un gouvernement selon les intérêts considérés. Notons que nous voyons bien actuellement les gauchistes défendant la mondialisation capitaliste, des djihadistes agissant avec la complicité de tel ou tel pays en bonnes ou mauvaises relations avec l’OTAN selon les cas, et dernièrement des activistes « écologistes » menant des opération commandos plus ou moins réussies, souvent peu efficaces mais toujours très médiatisées. Ces divers groupes à rassembler ou à faire se combattre selon les cas peuvent être initiés ou manipulés par les réseaux clandestins Stay Behind (en anglais « restez derrière ») créés et coordonnés par l’OTAN au temps de la Guerre froide mais toujours, eux aussi, en activité, présents dans de nombreux pays d’Europe. Initialement destinés à agir en cas d’invasion des forces du Pacte de Varsovie, ils demeurent en place et opérationnels encore aujourd’hui. Quel rapport avec la motivation de leur création ? Leur organisation italienne nommée Gladio (glaive en italien) a été révélée au grand public en 1990 et son nom semble être utilisé pour désigner des entités non italiennes, une sorte de générique utilisé par certains pour l’ensemble des réseaux Stay Behind.
Qu’est-ce qui a motivé l’intervention russe en Ukraine ? Non seulement le projet d’intégration de l’Ukraine à l’OTAN malgré les promesses faites à la Russie, aussi le non respect des accords de Minsk que la France et l’Allemagne étaient censées garantir et dont François Hollande et Angela Merkel ont avoué récemment qu’ils n’étaient destinés qu’à laisser le temps à l’Ukraine de s’armer, avec pour conséquences les bombardements et massacres ukrainiens dans le Dombass russophone depuis 2014, mais surtout un projet avéré et confirmé par des prisonniers ukrainiens et par un ordinateur de l’OTAN trouvé en Ukraine d’invasions du Dombass et de la Crimée prévues pour le 8 Mars 2022.
Le 24 Février 2022, la Russie n’a donc fait que prévenir et se garantir de cette attaque. Mais pour la propagande otanienne, c’est une invasion à caractère territorial, une agression politique expansionniste menaçant l’Europe tout entière. Comment en est-on arrivé là ? Lucien Cerise développe magistralement ce sujet, ce sera présenté dans les autres parties de cet article.
Notes :
1 Cerise Lucien, Ukraine – La guerre hybride de l’OTAN, Éditions Culture et Racines, Paris, 2022, 370 pages. Pour tous les éléments cités dans cet article, voir les détails et les références dans ce livre édifiant que tout patriote devrait lire.
3 Amiral Lacoste, Un amiral au secret, Flammarion, Paris,1997, 220 pages.
4 Georges-Marc Benamou, Le dernier Mitterrand, Plon, Paris, 1997, 246 pages.