Sylvain Durain : Ce sang qui nous lie I Entretien

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On pourrait penser que le sujet était clos, pris en main par un féminisme post-moderne, véhiculant l’image d’un paternalisme dégénéré venant du fond des âges, un complot même des hommes contre les femmes pour assouvir leur soif de pouvoir.

Malgré ce quasi dogme qu’il est de plus en plus difficile de contester, certains signes devraient nous alerter. Où sont ces mâles français qui tabasseraient en masse leur femme ? Où sont ces hordes de femmes hémiplégiques ? Elles semblent plutôt assumer cette vie moderne avec leurs hommes, ensemble, puisque la nouvelle réalité économique nécessitant deux salaires par foyer leur a donné le droit, et même le devoir, d’aller aussi se faire aliéner ailleurs que chez elles. Le dogme s’écrase sur le mur de la vie réelle.

Sylvain Durain, dans son essai, nous propose de retraverser les âges depuis les sociétés primitives jusqu’à nos jour pour démêler l’écheveau des différentes sociétés familiales organisée par la force de l’expérience en fonction de leur situation géographique, de leur nombre, des influences extérieures.

Si je peux me permettre de poser le débat proposé par l’auteur, il s’agit de présenter le patriarcat issu du catholicisme et du sacrifice ultime de Jésus qui est venu se donner à nous pour rompre les cycles du matriarcat sacrificiel. L’auteur développe une grille d’analyse en trois niveaux, la famille, le politique et le religieux. Il développe de puissants outils d’analyse avant de faire la critique des différentes organisations. Il passe donc en revue un grand nombre d’organisation quelles soient religieuses ou sociales pour déconstruire leur mécanisme de pouvoir et de reproduction, du judaïsme au transhumanisme, de l’islam au paganisme, du clanisme à la typologie des familles souches, nucléaires ou communautaires.

Cette analyse va finalement bien au-delà d’une simple réponse aux détracteurs du patriarcat, c’est véritablement un voyage intérieur pour comprendre comment nous fonctionnons ensemble en interaction, comment la violence qui parcourt nos sociétés prend forme et pourquoi et comment le patriarcat peut résoudre les conflits et apporter cet équilibre tant recherché.

Je finis par une citation de la très belle conclusion de Charles Robin en postface :

De même, on comprend beaucoup mieux la mort du père quand on sait que l’ère moderne se caractérise par l’élimination de toute trace de verticalité et de transcendance ».

Verticalité n’est pas synonyme d’autoritarisme borné. Elle est synonyme d’ancrage. Vertical, c’est ainsi que se tient l’homme, contrairement à la plupart de ses êtres vivants congénères. Debout. Les pieds sur la terre, la tête dans le ciel. Intermédiaire entre le monde physique et l’espace métaphysique. Détruire la verticalité de l’homme, c’est détruire sa transcendance, c’est détruire sa nature profonde.


Interview de l'auteur

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai 36 ans, écrivain, éditeur et désormais libraire depuis le 3 octobre dernier et l’ouverture de la librairie « Les Deux Cités » montée avec mon associé Alexis Forget.

Votre livre parle du matriarcat et du patriarcat mais aussi beaucoup des religions. Faut il être croyant pour lire votre livre ?

Non je ne crois pas, en tout cas pas obligatoirement. J’ai eu beaucoup de messages de croyants, qu’ils soient d’ailleurs catholiques ou musulmans, pour me remercier de l’écriture de ce livre, mais aussi beaucoup d’agnostiques ou d’athées qui m’ont dit avoir trouvé intérêt dans la lecture du livre. Certains sont sur le chemin du baptême, d’autres encore en questionnement.

On comprend bien, dans votre livre, que le catholicisme est la religion instaurant le patriarcat. Est-ce la seule ? Et si elle devait encore plus s’affaiblir, a-t-elle laissé en germe de quoi relancer le patriarcat quoi qu’il arrive ? Est ce une loi de l’histoire pour l’humanité de passer, à terme, du matriarcat sacrificiel au patriarcat ?

Comme l’a dit l’Abbé Léman « Dieu a fait la France guérissable », je pense qu’il en est de même pour le patriarcat. C’est bien la religion chrétienne, et plus précisément catholique, qui a inventé l’architecture patriarcale totale. A savoir, et pour faire simple, la famille nucléaire que j’ai nommé « différenciée », alliée à la figure du père de la nation par le rôle du Roi, lieutenant du Christ Fils de Dieu le Père, trine. Cela demanderait évidemment plus d’explication mais l’important est de comprendre que cette architecture, qu’on l’aime ou non, évite l’indifférenciation généralisée donc la guerre, donc le sacrifice sanglant. Hors du patriarcat, c’est la vision moniste et cyclique de l’histoire qui prévaudra, et ce sera le sang qui coulera. Pas les grâces de Dieu.

L’actualité nous montre chaque jour le chemin vers l’indifférenciation qui est au cœur de votre analyse. Mais plus ce phénomène est visible plus il semble générer de résistance. Est ce un combat perdu d’avance ou y a-t-il déjà des raisons d’espérer ?

Il y a toujours des raisons d’espérer, quand je vois le nombre de visiteurs dans notre librairie, les lectures qui amènent à des prises de consciences individuelles ou collectives, je ne peux qu’y trouver la concrétisation de l’Espérance. Cependant, ne nous voilons pas la face. Tout est fait aujourd’hui pour mener au chaos, tous les signaux sont au vert pour y arriver, par la guerre civile ou par le chaos monétaire ? Par la destruction pure et simple de la civilisation ? Qui peut le prévoir, j’opterais, car je suis dans la grille de lecture de mon livre, pour une guerre de tous contre tous, avec désignation future d’un bouc émissaire.

Notre blog s’intéresse beaucoup à l’économie, l’énergie. Dans nos sociétés modernes ou post-modernes sur-dépendantes à la technologie et à l’énergie, peut on penser que l’organisation des sociétés en terme de famille, de politique et de religion, ce dont parle votre livre, dépend pour beaucoup des ressources disponibles ? Il y aurait presque comme une causalité. Est ce que ce chemin proclamé vers le transhumanisme ne dépend pas lui aussi des ressources qui pourrait signer son arrêt de mort en cas de raréfaction ?

Je ne suis pas compétent pour parler des ressources, ni d’énergie. Ce que je peux dire, sans remettre en cause ni le réchauffement climatique, ni la nécessité de changer de modèle, c’est que nous entrons dans ce que j’ai nommé « une révolution gaïatique », à savoir qu’à trop vouloir sauver la Nature face à l’Homme, nous retombons dans le piège moniste des religions païennes qui refusaient le dualisme métaphysique de l’Être. Deux modèles se font face autour de cette question simple : le corps de Dieu est-il le même que le corps de la nature ? Ou bien sommes-nous créés ex-nihilo par un Dieu extérieur à la nature ? De cette question découlent nombre de maux modernes.

Vous associez la démocratie à une forme de matriarcat sacrificiel ou les hommes politiques sont jetables y compris ceux issus d’un possible Référendum d’initiative citoyenne. N’y a-t-il donc pas d’autres moyens d’organiser la société sur le long terme qu’une religion patriarcale ?

Suite à un entretien donné à la chaîne « Chronique Perroquet » sur Youtube, avec mon ami journaliste François-Xavier Consoli nous avions évoqué, ironiquement mais cela pourrait finalement se montrer pertinent, la création de BAP, « Base Autonome Patriarcale ». En effet, il me semble qu’inventer des zones familiales basées sur les principes du patriarcat serait la bonne résistance à ce que l’on appelle « le système ». Place à la jeunesse, c’est à elle d’inventer l’avenir. Ma génération aura servi d’intermédiaire, l’action réelle passera par la génération actuelle, celle qui donne en ce moment naissance aux « baby-covid ».

Vous convoquez Nietzsche qui dans le « Gai Savoir » fait annoncer la mort de Dieu. Est ce que l’idée de Civilisation pourrait remplacer l’idée de Dieu pour les non-croyants ?

Si dans Civilisation l’on entend la civilisation européenne, à savoir la rencontre de l’hellénisme (et pas de l’hellénistique orientale) et du christianisme (dans son aspect catholique), alors je dis un grand oui. Si l’on veut vivre, il faudra accepter cette réconciliation.

En pleine pandémie Covid-19, ou supposée telle, que vous inspire les développements récents ? Que sacrifie-t-on ? Nos libertés ?

Beaucoup de choses seraient à dire, je vais me contenter de ce qui n’est jamais dit. Le port du masque est un geste religieux, ou plutôt irreligieux si l’on veut. Il n’est pas anodin, il abaisse nos liens avec nos proches, il abaisse également notre lien avec le Ciel. L’indifférenciation règne désormais au grand jour et nous sommes tous identiques, des yeux sans expressions, plus de sentiments sur les visages c’est le début de plus de sentiments dans les esprits. Qui dit indifférenciation dit forcément sacrifice, cela pourrait mal finir avec un bouc émissaire qui refuserait de porter ce masque, de ne plus sortir après 21h, ou de continuer les repas de famille avec les grands-parents. Les concepts de libertés sont importants, mais me semblent voiler la puissance réelle du monde actuel : celui qui nous ramène aux temps archaïques sacrificiels.

Une question un peu plus géopolitique, d’après votre préfacier, Pierre Hillard, la France, fille aînée de l’église, aurait été symboliquement sacrifiée. Un autre pays catholique, la Pologne, semble aussi suivre ce schéma, que ce soit lors de la Seconde Guerre mondiale ou actuellement, alors que ses dirigeants n’ont de cesse de provoquer la Russie. Comment analysez vous cette situation avec votre grille de lecture ?

Je ne peux pas parler à la place de Pierre Hillard mais je peux confirmer le sacrifice de la Fille Aînée de l’Église et pas que symboliquement. Le sacrifice du Roi de France est le retour du sacrifice sanglant archaïque, qui ramène la vision cyclique du ordo ab chaos dans une terre qui en était sortie depuis des siècles. Je ne me sens pas compétent pour vous donner mon avis sur les relations avec la Russie, j’observe simplement que tout est fait pour empêcher le rapprochement de la France et de la Russie (rôle de la guerre en Ukraine notamment), et j’invite les lecteurs de cet entretien à lire les prophéties qui appellent nos deux pays à se rassembler. Il en irait de la survie de l’humanité.

Enfin quels sont vos projets à court et moyen termes ?

Continuer à écrire, j’ai en préparation plusieurs livres ; continuer à éditer, avec notamment l’alliance de la maison d’édition du « Verbe Haut » et la librairie « Les Deux Cités », et par conséquent pérenniser cette belle idée qui a vu le jour il y a tout juste un mois. Pour découvrir la librairie elle se trouve à quelques centaines de mètres de la Place Stanislas à Nancy, et pour les autres sur le site « les deux cités » .

Je vous remercie pour cet entretien.

Source : Le Saker Francophone.

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