« Pugsley est un anar de droite, mais version outre-Atlantique » I Recension de « La stratégie Alpha » dans le journal « Présent »

Edité chez Culture & Racines sous les auspices du toujours excellent Michel Drac, La Stratégie Alphade John A. Pugsley est un pamphlet des plus roboratifs. Publié en 1980 aux USA, il restera neuf semaines en tête des ventes.



Pugsley (1934-2011) est un personnage éclectique : militaire, enseignant, vendeur au téléshopping, c’est un homme d’initiative, dans le sens typiquement WASP, de cette Amérique de la libre entreprise, innovante et créatrice. Son opus est un manuel d’économie « survivaliste » destiné à tous les épargnants ou actifs. Une des raisons évidentes de son succès est qu’il mêle dans un langage clair et concret à la fois une approche critique des mécanismes du pillage de l’économie réelle et une voie pratique d’autonomie vis-à-vis de la société dans son ensemble.

Pugsley est un libéral absolu (au sens smithien). Son constat ? Toute la société productrice, des petits épargnants aux investisseurs en passant par les travailleurs, se fait flouer par les divers gouvernements prédateurs qui, tous, font porter le fardeau de leur politique au citoyen. La première partie de l’ouvrage s’attache à déconstruire les fondements de ce racket intégral. La cause centrale : la monnaie, telle qu’elle a été conçue par le cartel bancaire sous l’égide de la réserve fédérale américaine. La FED crée ex nihilo de la monnaie papier, faussant sciemment toute échelle de richesse et de valeur. Tout y est passé au crible et personne ne trouve grâce à ses yeux : les mécanismes mortifères d’inflation, l’action opportuniste des syndicats, les allocations, les subventions, les lois anti-trust, tout ce qui fait le sel des économistes de droite à gauche s’y trouve vilipendé. Pugsley est un anar de droite, mais version outre-Atlantique.

La deuxième partie est une liste d’investissements pérennes élémentaires. On passe en mode survivaliste. Investir dans des moyens de production, l’auto-formation, les différentes denrées alimentaires, leurs durées de conservation. Tout un programme pour les nouveaux « Robinson ». La stratégie alpha consiste dès lors à n’investir que dans des biens matériels, nécessaires, qui échapperont aux rapines boursières ainsi qu’aux aléas des crises systémiques.

Alors le livre est-il toujours de circonstance ? Oui. Il expose ses arguments avec persuasion, poussant dans ses limites son tropisme quitte à relativiser certains progrès de l’histoire. Il affirme par exemple que le travail des enfants au XIXe siècle était préférable à la famine et la mort, rejetant les luttes pour les acquis. Cela peut heurter, diviser. Son refus des tarifs douaniers et l’ouverture aux marchandises extérieures, quitte à détruire les emplois nationaux, sont pour lui un mal pour un bien. Une société libérale sera toujours capable de s’en sortir par un esprit d’initiative et d’apprentissage perpétuel.

« Mouais… » Pugsley est un individualiste évoluant dans un monde de nomades sans attachement. Nonobstant ces partis pris, les principes d’autonomisation de ce self-made man intégral sont, reconnaissons-le, malheureusement plus que jamais d’une actualité brûlante.

Jérôme Régnault
Journal Présent

• John A. Pugsley, La Stratégie Alpha, Editions Culture & Racines, 2020, 256 pages, 20 euros. •

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