Législatives : la crise de régime commence et on va bien s’amuser

Comme nous l'avions annoncé il y a dix jours, Emmanuel Macron ne disposera que d'une majorité relative à l'Assemblée Nationale, qui l'obligera à de nombreuses contorsions pour gouverner. Dans les mois, et peut-être même les semaines qui viennent, ce Président vertical, si peu habitué au compromis politique, devrait connaître de sérieuses difficultés institutionnelles. Nous faisons le pari d'un pourrissement rapide de la Vè République, qui se terminera par une rupture systémique et un passage (probablement lent et douloureux) vers une autre forme de démocratie. L'actualité va nous régaler !


Tout ne se passe pas comme sur des roulettes pour le deuxième mandat d’Emmanuel Macron. Nous avions annoncé il y a 10 jours que le Président n’obtiendrait qu’une majorité relative, ce qui déboucherait sur une crise de régime. La première moitié de la proposition est vérifiée aujourd’hui, et nous maintenons notre pronostic pour la deuxième partie : la Vè République n’en a plus pour longtemps, et toutes les options sont désormais ouvertes pour la suite. 

La Ve République ne fonctionne plus…

Premier constat, en tout cas : De Gaulle avait inventé la Ve République pour éviter le parlementarisme de la IIIe et de la IVe Républiques. Sa constitution, avec son redoutable scrutin uninominal à deux tours aux législatives, devait éviter la paralysie des institutions et permettre de dégager des majorités robustes en tout temps. 

Visiblement, la recette ne fonctionne plus. Les législatives confirment que la majorité n’existe plus et qu’il faut désormais composer en mode IVe République. 

Le naufrage du quinquennat chiraquien

On se souvient que Chirac avait introduit le quinquennat pour éviter les cohabitations. La règle était que les électeurs confirmeraient forcément aux législatives le choix opéré aux présidentielles. C’était la solution pour éviter la paralysie. 

Visiblement, cette vieille croyance-là a vécu. Macron a bien été réélu pour un deuxième mandat, mais sans dégager une majorité parlementaire. L’idéal chiraquien est mort. 

Une constitution obsolète

Progressivement, on mesure les dégâts qui se préparent. D’un côté, des institutions qui favorisent l’autoritarisme d’un seul homme. D’un autre côté, une absence de majorité pour gouverner. 

Nous avons récemment exposé les raisons qui expliquent l’obsolescence de notre construction républicaine. Ce qui pose problème, c’est la verticalité rigide d’une démocratie représentative qui ne correspond plus à la sociologie et aux technologies de notre époque. Quels que soient les rafistolages que le pouvoir peut ou pourra tenter, le problème durera. 

Ce qu’il faut, c’est opter pour une nouvelle forme de pouvoir institutionnel. 

Face à Mélenchon et Le Pen, ces gens du passé…

La Vè République n’a décidément pas de chance, et on imagine mal qu’elle puisse durablement survivre à l’épreuve qui se prépare. Car Macron devra désormais composer avec une puissante NUPES, mais qui est faite de bric et de broc avec des gens qui se détestent et dont l’unité n’est que transitoire, et un RN qui devrait friser les 100 postes de députés. 

Le tour de force de Mélenchon est de faire croire à sa victoire. En réalité, son étrange attelage n’a obtenu de 5,5 millions de voix. Tout cela fait partie de la rhétorique politique. Il n’en demeure pas moins que son poids est suffisant pour empêcher Macron de gouverner. Mais, Comme Marine Le Pen, Mélenchon est un homme du passé qui continue à penser, quoiqu’il s’en défende, dans le cadre partisan habituel. 

La Vè République à bout de souffle

Autrement dit, on peut faire confiance à la NUPES et au RN pour épuiser et essorer la Constitution jusqu’à ses ultimes limites. De manigances parlementaires en coups d’éclat rendant la vie du Président impossible, les deux partis vont fracasser l’ordre politique et convaincre de nombreux Français qu’il faut désormais tourner la page. 

Pourquoi on va bien s’amuser

Avec que ce ras-le-bol ne s’exprime définitivement (le taux d’abstention montre qu’il s’exprime depuis longtemps, mais pas encore suffisamment), nous bénéficierons de quelques belles heures de spectacle. Le scénario en est déjà écrit : Macron défendra mordicus, au moins en apparence, un projet européiste qui est combattu à des degrés divers par la NUPES et par le RN. 

Sur cet axe crucial de la mondialisation et de la souveraineté, les passions devraient se déchaîner, entamant au passage la crédibilité du projet européen au pire moment de son existence (celui du retour de la guerre), et la crédibilité de la France dans l’Europe. 

Nous nous donnons donc rendez-vous dès cette semaine pour rédiger la chronique de cette faillite annoncée – faillite qui nous soulagera des pulsions liberticides que nous avons déplorées sous le précédent quinquennat. Notre conviction est que ce dénouement ne sera pas fluide, et même qu’il sera particulièrement théâtral et théâtralisé. 

Éric Verhaeghe
Le Courrier des Stratèges

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