
Militant nationaliste du courant solidariste, Frédéric Lynn est allé en Serbie, a tenté de se rendre en Syrie, pour finalement rejoindre les forces de défense des régions de l’Est de l’Ukraine contre le pouvoir ukrainien issu du coup d’État dit de Maïdan.
On comprend en le lisant que des considérations politiques et géopolitiques ont joué en faveur de cet engagement mais elles ne seront pas ou peu développées dans l’ouvrage. L’auteur insiste en revanche très longuement et volontairement sur la vie quotidienne de militants d’origine extérieure à cette région, venus rejoindre le Donbass en volontaires européens.
Le lecteur saura tout des longues attentes pour atteindre le front, l’étape de Budapest, avec le passage illégal des frontières, les arrestations, les difficultés de la vie commune avec d’autres volontaires, l’inorganisation slave, la formation en garnison au métier des armes et les moments assez rares des combats mais d’une grande violence (Debaltsevo, Azov, Peski à l’aéroport de Donetsk, etc.). Le livre se présente également comme un témoignage d’histoire immédiate, et le lecteur vit ses rencontres avec le régiment des cosaques, le commandant Alexei Mozgovoï, les journalistes occidentaux et sa chère Page, l’oligarque Igor Plotniski, etc.
Comme l’exprime le préfacier Robert Steuckers, en évoquant les écrivains combattants volontaires :
Une sorte de désenchantement mélancolique rythme chaque page quelles que soient les circonstances, et les pensées de l’auteur apparaissent détachées des évènements qu’il décrit pourtant minutieusement. Or, il y va de l’engagement de sa vie, des camarades de combat vont mourir à ses côtés ou être blessés grièvement, lui-même sera atteint. On peut se demander alors pourquoi il ne semble pas vouloir insister sur les raisons profondes, la nature de son choix alors que beaucoup de ses camarades politiques rencontrés en France se sont retrouvés dans le camp d’en face. À aucun moment du récit d’ailleurs, l’auteur ne s’abaisse à salir les combattants d’en face, ni en discuter la valeur de leur motivation. La beauté de l’engagement jusqu’au consentement du sacrifice de la vie doit, pour être réelle, pouvoir se reposer sur une réflexion ontologique, notamment parce que la vie, don de Dieu, est le bien le plus précieux dans l’ordre naturel et qu’il ne doit pas être mis en jeu étourdiment.Tous ces hommes, activistes, combattants et accessoirement écrivains ont affirmé la primauté du fait de l’acte sur les ratiocinations, les arguties, les règlements abscons, les idéologies folles et prétentieuses, tous artifices tirés d’une métaphysique dévoyée qui a sombré dans l’intellectualisme. Lynn est un homme de notre époque, qui a vécu ses combats dans une guerre d’aujourd’hui : il rejoint cette cohorte souvent anonyme, de milliers de garçons que les pharisiens, dans leur bêtise et leur arrogance, qualifieront de « perdus ». Mais il a écrit. Pour lui et pour ses amis. Pour la postérité aussi, peut-être. Il a laissé un vibrant témoignage. Il a couché sur le papier des sentiments que le vieillard que je deviens inexorablement ne connaîtra jamais ».
Frédéric Lynn nous apprend sa conversion à l’orthodoxie et pourtant, dans le récit de son engagement rien ne semble dépasser son amour immodéré pour l’adrénaline dans les combats, la recherche de la beauté du geste, de la posture, de la mise à l’épreuve gratuite de son courage. Nous ne saurons rien des tréfonds de sa pensée, mais force est de constater la modernité de son attitude qu’il nous laisse voir, où la vie n’a pas plus d’importance que le paraître de ces temps de sur-communication, où quelques slogans peuvent faire office de pensée politique, où l’invocation de la civilisation suffit à oublier sur ce quoi elle est effectivement bâtie. Avec une vraie qualité d’écriture, dépouillée et précise, mais qui nous rend très intime de la vie et des sentiments de l’auteur, cet ouvrage dépasse le récit de guerre pour constituer un témoignage sur l’engagement total de jeunes hommes dans le monde d’aujourd’hui qu’ils ne veulent pas être le leur. Si les motivations profondes avaient pu trouver leur place dans le cours d’un récit essentiellement tourné vers l’action, cet ouvrage aurait apporté une compréhension exceptionnelle du rejet du projet moderne par ses enfants d’aujourd’hui.
Sans être amère, la leçon du livre de Frédéric Lynn est finalement celle de la nécessité de l’accomplissement libre de sa vie malgré les peines et les ralentissements mais surtout le désenchantement permanent face à un monde déraciné et dévirilisé.
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