Tous les invités de l’équipe internationale sont enfin arrivés depuis leurs pays d’origine. Nous nous retrouvons avec les organisateurs dans le hall de l’hôtel après le petit-déjeuner pour le transfert de Moscou à Donetsk en bus. 1200 kilomètres d’une seule traite, et 15 heures de route avec les quelques pauses dans les stations-service. Encore merci à nos deux chauffeurs qui se sont relayés pendant le trajet !

Vendredi 12 septembre
Matin : nous commençons la visite de Donetsk par l’Allée des Anges (Аллея Ангелов), le mémorial des enfants du Donbass assassinés par le régime de Kiev, situé dans le Parc de la Victoire. À gauche, je prends la pose à côté de la dalle de granit portant les noms des enfants tués, surmontée par une arche en fer forgée ; à droite, la statue du petit Kirill Sidoryouk, mort à 13 ans alors qu’il protégeait sa sœur Tanya des bombardements.


Nous nous déplaçons ensuite dans le parc municipal dit de la Culture et des Loisirs de Donetsk. On y trouve des installations sportives et de divertissement, ainsi qu’un complexe mémoriel nommé « À tes libérateurs, Donbass » (Твоим освободителям, Донбасс) faisant le lien de continuité historique entre la Deuxième Guerre mondiale et la guerre lancée par l’OTAN contre l’Ukraine et la Russie en 2014. Cet ensemble comprend un musée, plusieurs monuments et une Allée des Héros (Аллея Героев), bordée de bustes de héros morts au combat. Les plus connus en Occident sont Alexandre Zakhartchenko, président de la République Populaire de Donetsk, Mikhaïl Tolstykh, surnommé Guivi, et Arsen Pavlov, surnommé Motorola, avec son célèbre béret (photo). En arrière-fond, on distingue encore les impacts d’obus ukrainiens sur la tour du grand hôtel Victoria.
Nous visitons ensuite le Musée de la grande guerre patriotique (Музей Великой Отечественной войны), qui contient des reliques de la Deuxième guerre mondiale (photos du bas), mais aussi de la guerre actuelle. Photo de droite ci-dessous, les restes d’un drone militaire ukrainien de type « Vampire », surnommé Baba-Yaga (Баба-Яга), c’est-à-dire « la sorcière », doté d’une caméra thermique pour les attaques nocturnes. Cet « appareil volant sans pilote » (беспилотный летательный аппарат, БПЛА) marchait très bien avec Starlink, le réseau numérique satellitaire développé par Elon Musk. Du moins, jusqu’à ce que l’armée russe parvienne à le mettre hors service en août 2026 avec son système de guerre électronique Volna Kupol Garant, capable de perturber et désactiver Starlink.



Samedi 13 septembre
Matin : nous visitons la ville de Gorlovka. Photo de gauche : un bâtiment civil frappé par un missile de lance-roquettes américain HIMARS en juin 2025. Photo de droite : une frappe de drone, pas encore réparée. Les bombardements massifs du régime de Kiev sur les civils commencent en 2014. Aujourd’hui, les frappes sont sporadiques, irrégulières, mais cela relève d’une stratégie du chaos réfléchie qui force les habitants du Donbass à vivre, ou survivre, avec la charge mentale permanente de recevoir la mort du ciel à n’importe quel moment.


Puis nous visitons l’ancien Centre de tourisme, d’histoire locale et d’excursions (Центр туризма, краеведения и экскурсий). La directrice, de dos sur la photo, nous fait un exposé complet. Une salle a été aménagée en mémorial aux enfants tués par l’armée ukrainienne. L’affiche intitulée « Nous vivrons ! », « Мы будем жить! », recense les frappes sur les équipements publics, un gymnase et des écoles.
Depuis 2014 et le début de la guerre, de nombreux immeubles, maisons et bâtiments divers ont transformé leurs caves en bunkers pour se protéger des bombardements. Dans l’hôtel de Donetsk où nous dormons, l’abri souterrain où il faut descendre en cas de bombardement est indiqué dans le hall d’entrée en deux langues (Shelter, Убежище). L’approvisionnement en eau est aussi problématique. L’armée ukrainienne a trouvé les moyens de couper de nombreuses canalisations à Donetsk et dans le Donbass. L’eau est donc rationnée. À l’hôtel, il n’y a pas d’eau entre minuit et 6 heures du matin. Des jerricans sont entreposés dans les abris anti-bombes. Des citernes sont mises à disposition du public dans la rue.

Après-midi : nous visitons Marioupol (ville consacrée à la Vierge Marie). Photo de groupe avec l’équipe du Press Tour au complet. De gauche à droite : Pearson Sharp, média californien One America News ; Cynthia McKinney, députée américaine, candidate à la présidentielle 2008 ; Lucien Cerise ; Ján Čarnogurský, ancien premier ministre de Slovaquie ; Claude Janvier, écrivain français ; Oleg Moryanin, accompagnateur russe ; Jaroslav Doubrava, ancien sénateur de la République tchèque ; Gökhan Karakaş, média turc Milliyet ; Raphael Machado, média brésilien Nova Resistência ; Alexandre Penasse, média belge Kairos ; Cem Kiran, blogueur turc ; Ivan Andreev, rédacteur en chef de Vashi Novosti et Olga Bonch-Osmolovskaya, universitaire russe, accompagnatrice.

En octobre 2022, notre accompagnateur Oleg, qui s’était engagé dans l’armée, était à l’affiche d’un film documentaire de Régis Le Sommier et Omerta.

À Marioupol, nous déjeunons dans un restaurant géorgien à proximité du complexe Nevsky, le nouveau quartier résidentiel flambant neuf, entièrement reconstruit après les affrontements pour libérer la ville. Puis nous allons voir l’usine Azovstal, du moins ce qu’il en reste. Sur la photo, on distingue les ruines derrière le monument de l’époque soviétique. Malheureusement, nous n’irons pas plus loin, car le site est encore miné.


L’unité Pouchkar a une politique de communication active, de même que le bataillon Maxime Krivonos, que nous rencontrerons le lendemain, et possède un compte Telegram @zapfighters1 et une chaîne YouTube @zapfighters/videos. Nous pouvons échanger librement avec ses membres et ils évoquent ce qui les a poussés à déserter les Forces Armées d’Ukraine (FAU), notamment le travail indigne du Centre territorial de recrutement ukrainien, la « bussification », pratique consistant à kidnapper les hommes en âge de se battre, parfois en les attrapant dans la rue pour les faire entrer de force dans une camionnette et les envoyer sur le front contre leur volonté. Par-delà les considérations politiques et géopolitiques, nous comprenons l’une des principales motivations des gars de Pouchkar quand nous leur demandons quelle est la différence entre les armées ukrainienne et russe. Un consensus se dégage sur le fonctionnement de la chaîne de commandement et l’espérance de vie. Dans l’armée ukrainienne, il est impossible de discuter un ordre venant de la hiérarchie, même si cet ordre est stupide et conduira avec certitude au massacre de soldats ukrainiens. L’information circule verticalement mais seulement de haut en bas, et les erreurs ne peuvent donc pas être corrigées. Par contre, dans l’armée russe, la hiérarchie serait plus attentive aux remontées d’information du terrain. En termes cybernétiques, il y a des boucles de rétroaction, les ordres peuvent donc être discutés sur la base du réel vécu par les soldats, ce qui limite les erreurs et les pertes humaines. C’est toute la différence entre une approche idéologique et une approche scientifique. Et c’est aussi ce qui explique le grand nombre de déserteurs ukrainiens.
Dimanche 14 septembre
Matin : nous avons l’honneur de rencontrer Denis Pouchiline, président de la République Populaire de Donetsk, pour une conférence de presse. Successeur du défunt Alexandre Zakhartchenko assassiné au même poste, Pouchiline a eu plus de chance, car il a été visé par deux attentats terroristes ukrainiens en juin 2014, mais il y a miraculeusement survécu. Après avoir suivi sur internet et à l’autre bout du continent les déclarations et l’actualité de ce personnage historique pendant des années, il y a quelque chose d’un peu irréel pour moi dans le fait de me retrouver dans la même pièce que lui. Je ne résiste pas à l’envie de faire une photo de fan-club !


Le bataillon Maxime Krivonos ne se contente pas de s’entraîner mais possède aussi une fonction de représentation des forces armées pro-russes. Fonction de communication stratégique et de propagande, au sens étymologique de propagation de l’information. Sur sa chaîne YouTube, le bataillon diffuse un bulletin régulier et diverses vidéos. Un documentaire historique en trois parties sur les réseaux Gladio de l’OTAN est présenté par Alexandre Vorobiov (Oлександр Воробйoв), l’un des porte-paroles du bataillon, surnommé Yakuza (Якудза), car il est professeur de japonais dans la vie civile.

Ci-dessus, discussion avec Alexandre Vorobiov. Ci-dessous, photo souvenir avec le bataillon et l’équipe du Press Tour.

En complément : un reportage sur les soldats ukrainiens ayant rejoint l’armée russe.
En août 2026, le commandement du Corps des soldats volontaires de Russie annonçait la création d’une nouvelle structure visant à mieux intégrer et unifier les Ukrainiens qui rejoignaient l’armée russe. Son nom ? La Brigade ukrainienne de volontaires à mission spéciale (Украинская бригада добровольцев специального назначения), laquelle produisait un communiqué en anglais sur Telegram via le bataillon Maxime Krivonos pour expliquer la nécessité de son apparition. En voici une traduction synthétique :
« Conformément à une décision attendue depuis longtemps, ont été regroupées au sein d’une structure unique les unités suivantes de volontaires ukrainiens ayant fait défection au profit des Forces armées de la Fédération de Russie : les brigades Pouchkar, Matrosov et Sloboda, et les bataillons Krivonos et Berest. Cette décision a été motivée par l’afflux massif de volontaires en provenance d’Ukraine, tant des civils que des militaires en service actif des Forces armées ukrainiennes, qui a commencé dès les mois d’avril et de mai. Ces personnes, lassées de la clique de Kiev, de la conscription forcée et des actions fratricides, ont vu dans leur défection vers la Russie un acte de patriotisme et de loyauté envers le serment prêté à leur patrie. (…) Tout au long de leur histoire, ces unités ont fait preuve d’un grand professionnalisme : elles ont notamment opéré au sein d’équipes de drones, d’équipes d’assaut et d’unités d’évacuation médicale. Elles se sont illustrées par des opérations couronnées de succès lors de la libération d’Avdiivka et au cours des combats menés dans la forêt de Kremen, à Kupiansk, Novohrodivka, Selidovo, Yasnobrodivka et dans de nombreux autres lieux. Ces volontaires sont animés par un amour sincère pour l’Ukraine et son peuple, un rejet total de l’idéologie néonazie imposée de l’extérieur et la volonté de renverser le régime criminel de Kiev. Leur moral est renforcé par l’idée de lutter contre la clique de Kiev, de défendre le Donbass et de rétablir la justice pour tous les Ukrainiens. La création de la Brigade ukrainienne de volontaires à vocation spéciale a constitué une étape logique qui a permis de rassembler sous sa bannière les forces patriotiques prêtes à défendre les intérêts de leur patrie. »
Soir : après Denis Pouchiline et le bataillon Maxime Krivonos, j’ai la joie de rencontrer dans la même journée Christelle Néant, qui vient nous rendre visite à l’hôtel.
Mardi 16 septembre
Journée libre à Moscou, que nous passons avec Laurent Brayard, l’autre pilier d’International Reporters avec Christelle Néant. Deux vidéos sortiront de ces quelques heures de pause.
Photo ci-dessous : dans le centre de Moscou, une affiche stipulant que les drones sont interdits et que l’on encourt un risque d’amende jusqu’à 300.000 roubles, soit environ 3000 euros, si l’on en fait usage.
Décollage vers minuit de Moscou, aéroport Sheremetyevo, pour Abou Dhabi, aux Émirats Arabes Unis, dans le Golfe persique, où nous arrivons le lendemain vers 7 heures du matin. Je passe la matinée de correspondance dans l’aéroport Zayed en compagnie de Cynthia McKinney, que je connaissais de réputation depuis longtemps avant ce voyage. En effet, elle est devenue célèbre en France dans certains milieux dits « conspirationnistes » après les attentats du 11 septembre 2001, car elle faisait partie du rare personnel politique américain qui osait critiquer publiquement la version officielle des attentats. Nos avions sont vers 14h, elle pour le Bangladesh, où elle occupe un poste d’enseignante, et moi pour Paris. Nous avons le temps de boire beaucoup de café, de discuter et de déjeuner.
Lundi 22 septembre
J’ai demandé une place à la fenêtre. Peu après le décollage pour Paris, je prends des images d’Abou Dhabi que nous sommes en train de quitter. On y voit le parc d’attractions Ferrari World en forme de raie manta, implanté sur l’île de Yas. Puis nous survolons l’île de Rahman et ses résidences luxueuses construites sur des sortes d’îlots artificiels. Nous laissons derrière nous le détroit d’Ormuz pour survoler le Golfe persique dans toute sa longueur jusqu’en Irak. Quelques mois plus tard, la guerre déclenchée contre l’Iran par les USA, Israël et leurs alliés des pétromonarchies mettra cette région à feu et à sang.
Piero San Giorgio
Pierre Hillard
Éric Verhaeghe
Frédéric Delavier
Lucien Cerise
Francis Cousin
Youssef Hindi
Joseph A. Tainter
Modeste Schwartz
Pierre-Antoine Plaquevent
Philippe de Vulpillières
Jean-Loup Izambert
Alexandre Caget
Vol West
Cris Millennium
Dmitry Orlov
Jean-Philippe Lévêque
Iurie Roșca
Michel Drac
Laurent Obertone
Édouard Husson
Xavier Moreau
Laurent Ozon
Robert Steuckers
Pepe Escobar